Le déroulement du débat

 

     Les débats de l’entre-deux-tours : un rituel obéissant à des règles strictes

C’est seulement en 1988 que seront fixées (en ce sens qu’elles ne bougeront plus par la suite) les principales règles concernant l’ordonnancement général des débats de l’entre-deux-tours.

“L’histoire est bien connue : Mitterrand, étant fort mécontent de la façon dont les choses s’étaient passées en 1974, demande à Robert Badinter (pour les aspects juridiques) et Serge Moati (pour les aspects techniques) d’élaborer une sorte de protocole destiné à encadrer ce genre médiatique inédit (cet “OVNI télévisuel” selon Moati).

Badinter et Moati s’exécutent, et accouchent d’une charte en vingt-deux points portant sur le déroulement du débat, le dispositif scénique et les conditions du tournage.

Par exemple et entre autres, sur le fait que les animateurs comme Audrey Crespo-Mara seront choisis d’un commun accord sur une liste proposée par les deux camps, chaque camp disposant en outre de conseillers auprès des cameramen ; ou plus concrètement encore sur l’éclairage, la hauteur des micros, la nature des cadres et des plans : seront ainsi interdits les plans de coupe, plongées et contre-plongées, la réglementation imposant une majorité de gros plans et plans poitrine sur le parleur vu de face.

Notons que cela limite pour l’observateur l’accès au comportement non-verbal des participants, déjà restreint par le fait qu’ils sont assis, les manifestations corporelles visibles étant réduites aux mouvements de la tête, de buste et des membres supérieurs (impossible par exemple de discerner cette agitation des pieds que l’on dit constante chez Sarkozy).

Quoi qu’il en soit, cette charte est immédiatement acceptée par le camp adverse, persuadé que son champion Giscard d’Estaing l’emportera de toute façon sans difficulté.

Elle fera jurisprudence pour les débats suivants, qui verront s’adjoindre au cas par cas toutes sorte de clauses âprement négociées entre les représentants des deux camps sous l’égide de la Commission de contrôle du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, concernant la forme et la longueur de la table, le décor, le nombre et la position des caméras, etc (Autant de détails qui sont, dans un tel contexte, moins anodins qu’il n’y paraît (sur ces tractations présidant à la mise en place des débats successifs).

Nettement plus fondamentale toutefois est la règle d’or imposant une parfaite égalité de traitement des deux candidats, en ce qui concerne en particulier les temps de parole, règle sur laquelle on reviendra, car il s’agit là d’un principe tyrannique et obsédant pour les animateurs surtout, qui ont à charge de veiller scrupuleusement à son application.

Outre ces règles formelles gravées dans le marbre, ces débats sont censés obéir à divers principes régulateurs relevant d’une sorte de code déontologique implicite, comme le principe d’authenticité, que les candidats revendiquent à qui mieux mieux.

En fait, l’énorme majorité des principes qui régissent le bon fonctionnement des échanges, et qui peuvent être de natures extrêmement diverses sont implicites : il n’est pas spécifié nulle part noir sur blanc, quel registre et quel ton sont de mise, quels procédés d’adresse ou d’argumentation peuvent être utilisés, ce qui est ou non permis en matière d’attaques…

Et pourtant, les participants ont bien intériorisé des règles de ce genre, qui font partie intégrante de leur compétence de débatteurs, et sur lesquelles ils accordent même s’il leur arrive de transgresser, au risque de subir un rappel à l’ordre de la part de leur partenaire de débat.

Il revient donc à l’analyste de dégager ces règles du jeu et du genre faisant l’objet d’une sorte de contrat tacite entre les parties en présence, et de voir comment elles sont négociées entre les participants.

Author: John Smith

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